08 novembre 2009
Manipulation de masse, connerie crasse et valorisation de la biomasse
Par Quentin le Thurel
La grippe de cochon mexicain (qui n’y est en fait pour rien) effraie le monde. C’est pour cela qu’au Kozystan sévit en ce moment une grave épidémie de sinistrose bactériologique. Une situation qui a entraîné d’importants bouleversements dans le comportement du bon peuple.
Considéré il y a encore peu de temps par la majorité des gens comme une coquetterie, le lavage des mains après passage aux toilettes est en passe de devenir monnaie courante (et beaucoup moins grouillante, du coup). Car de peur de contracter la « Grippa », les Kozystannais se décrassent.
Une aubaine pour qui fabrique de la savonnette, un soulagement pour ses plus grands adeptes : le pays succombe à la tendance du « Clean by mistake ».
Tout cela nous conduit à une interrogation : et la cupidité et la crédulité étaient en fait des composés organiques ? Si tel était le cas, ne pourrions-nous pas parler valorisation de la biomasse ? Un concentré de connerie humaine recyclée, avec, à la clé, un bénéfice précieux : l’élévation de l’hygiène au rang de valeur !
Brillant. Comme un front d’adolescent.
27 octobre 2009
Chuis motivé, qu'y dit !
Par Célestin Frey
"Pour nous rejoindre, il faut nous aimer".
C'est le leitmotiv scandé en ce moment dans la chronique du DRHache de Cadremploi. Je sais que c’est vrai. D'ailleurs, je l'aime bien, la chronique du DRHache. Mais j’ai quand même eu envie de vous faire partager mon récit posté sur leur site et peut-être bien, déjà modéré.
Lors de mes cent cinquante premières candidatures, j’ai pris soin d’écrire à des entreprises que j’aimais pour leurs valeurs, pour leur image ou les gens qui y œuvraient. De lettres de motivation en entretiens, je clamais à chacun combien j’appréciais sa boîte.
Un, deux, trois rendez-vous avec des gens qui m’assuraient que mon profil était bon. Mais le gel des embauches et des gens un peu plus seniors ou peut-être plus beaux, passèrent par là.
Tant et si bien, qu’un jour, j’ai décidé d’élargir mes recherches. A des boîtes que je connaissais moins, cela va sans dire. Et puis il y a eu votre offre. Un poste dans mes cordes avec un salaire correct. Je sentais que mon assurance chômage n’allait pas durer autant que les impôts. J’ai donc décidé de postuler.
Des infos, j’en ai cherché. Mais faut bien le dire, votre site web, il n’est pas très éloquent. Un tour sur les réseaux sociaux, les magazines et j’ai réuni quelques détails. Mais à vrai dire, j’vous connais toujours pas. Alors si je vous rencontre, c’est pour en savoir plus. Parce que j'vais pas vous raconter ma vie si vous ne me dites rien sur vous.
L’EGO d’une entreprise doit être flatté. Soit. Et le mien, je me le mets derrière l’oreille ? Parce que c’est le troisième entretien là, avec un mois de délai entre chacun. Et que ça fait quarante minutes que je patiente dans votre salon d’attente. Si je souris encore, sachez que c’est parce que j’ai pris un bon bouquin.
Si je suis encore là, c’est parce qu’ailleurs, y’a pas de place ou que ça craint. Parce que les entreprises que je déteste, faut pas pousser : pas moyen de m’y résoudre.
Ça fait maintenant près d’une heure que je bouquine assis dans un fauteuil. Un moment palpitant dans mon livre. Et là, votre secrétaire me demande de me ramener, parce que ça y est, vous êtes disposé à me voir. J’ai déjà rencontré vos collègues les autres fois et ai expliqué à deux reprises, combien votre boîte, elle déchirait. Là, très sérieusement vous me demandez : « Qu’est-ce qui vous motive dans la perspective de nous rejoindre ?».
A cet instant précis, un son strident retentit. Un truc assourdissant. C’est le trou noir, bien que je garde les yeux grands ouverts. Mais le bruit ne tarit pas. Régulier, comme par à coups, il résonne. Je sens un choc contre mon crâne. Comme une agitation. Des voix. Il fait froid tout à coup. C’est alors que je comprends. Cet affreux hurlement, c’est de moi qu’il émane. Et c’est moi qu’on emmène.
Ci-dessous, un lien vers l'article du DRHache :
http://www.cadremploi.fr/edito/actu-et-conseils/boite-a-outils/secrets-de-recruteurs/la-chronique-du-drhache/d/1/episode-19-je-suis-motive.html
26 octobre 2009
L’offrande canine
Sous un arbre centenaire, délicatement rangé dans un bento, nous avons trouvé un nouvel extrait du recueil parallèle d'Iliphent Demerle. C'est cadeau.
Vous n’êtes pas très en avance à vrai dire, mais pas trop en retard non plus. Vous zigzaguez lestement entre les voitures… Hop, un bond sur le trottoir ! Et un passant évité, un ! Vous vous amuseriez presque. Et là, sous votre chaussure à l’instant si souple et sautillante, s’affaisse lamentablement une forme aux contours mal définis. Horreur, un étron ! Vous guettez alentours, hagard. Pas le moindre buisson, la moindre herbe folle ou ni même une feuille. Vous voyez votre salut dans une petite flaque d’eau et tentez de vous débarrasser de l’offrande canine collée sur votre soulier souillé. Il s’agit de ne tremper que la semelle. Celle-ci étant suffisamment épaisse, vous êtes plein d’espoir. Vous alternez trempettes en manque d’équilibre et essuyages sur le rebord du trottoir. Dans les voitures, les gens se marrent. La flaque devenue maronnasse, vous vous mettez en quête d’un autre point d’eau salvateur. Le temps maussade est avec vous. Le tapis d’entrée de l’immeuble aussi. Néanmoins, étrangement, vous tenez à exhiber vos chaussettes dès votre arrivée à destination…
20 octobre 2009
Notre histoire ne date pas d'hier...
Par Lucie Peut-être
Il y avait foule ce jour-là, au sortir du métro. Avançant avec peine, les mains tremblantes, je serrais contre moi ma besace, ultime rempart entre mon âme et cette atmosphère citadine glaciale. Je ne sais plus, qui de mon corps ou de mon sac, pesait alors le plus lourd… Mais quand la voie se dégagea, j’employai toutes mes forces pour accélérer la cadence. Je savais, en effet, qu’il ne tolérerait aucun retard.
Quand enfin je l’aperçus, je frémis. Comme dans une ultime hésitation, il vacilla. Puis, il s'éloigna doucement, avec la certitude sereine de quelqu'un qui me quitterait parce qu'il ne m'aime plus. Abattue, j'ai arrêté de courir après ce connard de train.
16 octobre 2009
La fin du fût de bière
Même avant de lire Plonk et Replonk, à la rédac, nous aimions traîner dans les univers parallèles. Lors d’un récent voyage dans ces contrées, nous avons rencontré le professeur Rudy Lérudy. Celui-ci peut se targuer d’avoir crée, un curieux croisement entre Philippe et Vincent Delerm : Iliphent Demerle. Sans grande surprise, le jeune Iliphent, aime manier la plume. Voici un extrait de son recueil de nouvelles : "La fin du fût de bière et autres petits moments exécrables"…
Un après-midi, le regard dans le vague, l’esprit un peu ailleurs, vous commandez un demi. Quelques instants plus tard, le serveur reparaît avec le breuvage, souriant à la monnaie que vous lui présentez. Il s’éloigne, vous soulevez votre verre du sous-bock jaunâtre qui avait dû, autrefois, être d’une autre teinte.
Le liquide s’immisce entre vos lèvres pas très convaincues. C’est alors que l’amertume fait place à la rêverie. Un goût acre s’épand sur votre langue, presque une arrogance envers votre palais. Vous reposez l’objet.
Vous savez qu’il vous faudra terminer ce verre, ne serait-ce, que parce que vous l’avez payé.
Suppliant votre attention de s’envoler en une contrée féérique, vos papilles, de vous pardonner, vous parvenez à ingurgiter presque le quart de cette boisson quasi-infecte. Même votre œsophage semble protester. Vous savez, par cette saveur caractéristique, que le fût de bière arrive à sa fin...
Vous jetez un œil au bar, mais personne ne se risque à commander le moindre galopin.
Vous patientez un peu, tentant de siroter le demi. Cinq minutes. Toujours des diabolos, des pastis, mais pas de bière…
Vous vous dirigez vers le bar et demandez un verre d’eau au tavernier.
Vous en offrez une gorgée à votre palais un rien dégoûté, le regard rivé au zinc, quand enfin, un client commande un demi. Comme prévu, une gerbe de mousse rebondit dans le verre pour atterrir sur le tablier du barman, furieux qui lâche à cette occasion une salve de jurons.
Vous terminez au mieux votre mauvaise bière, afin d’effacer l’hilarité de votre visage.
27 septembre 2009
Qui lave plus vert met les estomacs à l'envers.
Les crisis managers sont supposés gérer les crises de foi.
Alors pourquoi ressort-on toujours nauséeux, vert de rage et lessivé de leurs séances de Greenwashing ?
03 septembre 2009
J'aime être où l'on ne m'attend pas...
Le reste du temps, je suis en retard.
01 septembre 2009
Le temps, c’est comme la cellophane.
Par Lucie Peut-Etre...
Le temps, c’est comme la cellophane, c’est un film étirable, mais rarement comme on le souhaiterait. Flou, il donne l’impression que l’on pourrait se cacher derrière lui. Mais il est transparent, le fourbe.
Tantôt trop mollasson, tantôt un brin rigide, rapidement, il se déchire. C’est alors que les couches se mélangent et que seuls de petits bouts se détachent. Il devient inutilisable. On le replace alors dans sa boîte, feignant de l’oublier…
Mais vient toujours un moment où on a réellement besoin de lui. Aussi, on tente de dégager les morceaux gênants en le déroulant fastidieusement. On finit par obtenir une demi-largueur de matière, bon présage, pense-t-on. On se hâte alors de tirer sur cet espoir plastifié, quand, tout à coup, c’est con, on est au bout du rouleau.
27 juillet 2009
Let down
Par Lucie Peut-Etre
Juste envie de vous passer ce morceau.
Let Down - Radiohead
http://www.deezer.com/listen-3147779
"Transport, motorways and tramlines
Starting and then stopping
Taking off and landing
The emptiest of feelings
Disappointed people, clinging on to bottles
And when it’s comes it’s so, so, disappointing
Let down and hanging around
Crushed like a bug in the ground
Let down and hanging around
Smell smashed, juices flowing
Wings twitch, legs are going
Don’t get sentimental,
It always ends up drivel
One day, I’m gonna grow wings
A chemical reaction
Hysterical and useless
Hysterical and…
Let down and hanging around
Crushed like a bug in the ground
Let down and hanging around
Let down
Let down
Let down
You know, you know where you are with
You know where you are with
Floor collapsing, falling, bouncing back
And then one day, I am gonna grow wings
A chemical reaction (You know where you are
Hysterical and useless (You know where you are)
Hysterical and… (You know where you are)
Let down and hanging around
Crushed like a bug in the ground
Let down and hanging around"
20 juillet 2009
Tout fout le camp
Par Sire Christophe Bizet De La Roche, votre suzerain
Du haut de mon piédestal, j’ai tout loisir de contempler mes ingrats sujets.
Assis, vautrés ou errants, traînant derrière eux quantité de bagages, les bougres n’ont pas fière allure. Au mépris de son prochain, chacun court, apostrophe, double ou bouscule pour, avant les autres, goûter le rail ou, plus prosaïquement se jeter sur un siège inoccupé.
A vrai dire, bien peu d’entre eux trouvent grâce à mes yeux.
Je préfère forcément les silencieux. Les lecteurs, peut-être… Ainsi, je me surprends à les observer, à guetter le moindre frétillement d’une narine, d’un œil… A épier les signes d’un récit particulièrement captivant. Ces gens sont ailleurs. Et le fait qu’ils ne soient pas ici suffit à me les rendre presque sympathiques.
Il en va un peu de même pour les personnages affublés de curieuses et proéminentes oreilles, parfois colorées. Les uns dodelinent de la tête quand les autres semblent battre la mesure d’une patte arrière molle. Encore des absents. J’aime les absents.
Enfin, quelques rares fidèles vassaux, sans doute les derniers, daignent encore m’apporter des offrandes à base de sandwiches et autres viennoiseries. Bien qu’ils ne s’acquittent plus depuis longtemps de leur impôt sur le millet, je suis touché par leurs délicates attentions.
Car depuis la grande révolte, celle qui a conduit à la chute du régime féodal colombocrate, nous autres, seigneurs pigeons, avons été chassés de nos fiefs par de fieffés rapaces.
L’humain me déroute autant qu’il me dégoute. Surtout son afflux de blancs-becs bruyants et follement primitifs aux heures de pointe. Les pies piaillent, les coqs paradent, les oies caquètent… Infernal ! Dans ce cas précis, ma milice aérienne forme une escadrille et largue quelques salves de missiles air-sol sur les indélicats. Redoutable.
Mais, quand malgré l’attaque de fientes, le spectacle continue, quand la scène m’afflige au point que je n’aspire plus qu’à leur voler dans les plumes, je déroule ma cape grise et m’envole, dédaigneux, vers une horloge voisine.
