Par Célestin Frey

"Pour nous rejoindre, il faut nous aimer". 

C'est le leitmotiv scandé en ce moment dans la chronique du DRHache de Cadremploi. Je sais que c’est vrai. D'ailleurs, je l'aime bien, la chronique du DRHache. Mais j’ai quand même eu envie de vous faire partager mon récit posté sur leur site et peut-être bien, déjà modéré.

Lors de mes cent cinquante premières candidatures, j’ai pris soin d’écrire à des entreprises que j’aimais pour leurs valeurs, pour leur image ou les gens qui y œuvraient. De lettres de motivation en entretiens, je clamais à chacun combien j’appréciais sa boîte.

Un, deux, trois rendez-vous avec des gens qui m’assuraient que mon profil était bon. Mais le gel des embauches et des gens un peu plus seniors ou peut-être plus beaux, passèrent par là.

Tant et si bien, qu’un jour, j’ai décidé d’élargir mes recherches. A des boîtes que je connaissais moins, cela va sans dire. Et puis il y a eu votre offre. Un poste dans mes cordes avec un salaire correct. Je sentais que mon assurance chômage n’allait pas durer autant que les impôts. J’ai donc décidé de postuler.

Des infos, j’en ai cherché. Mais faut bien le dire, votre site web, il n’est pas très éloquent. Un tour sur les réseaux sociaux, les magazines et j’ai réuni quelques détails. Mais à vrai dire, j’vous connais toujours pas. Alors si je vous rencontre, c’est pour en savoir plus. Parce que j'vais pas vous raconter ma vie si vous ne me dites rien sur vous.

L’EGO d’une entreprise doit être flatté. Soit. Et le mien, je me le mets derrière l’oreille ? Parce que c’est le troisième entretien là, avec un mois de délai entre chacun. Et que ça fait quarante minutes que je patiente dans votre salon d’attente. Si je souris encore, sachez que c’est parce que j’ai pris un bon bouquin.   

Si je suis encore là, c’est parce qu’ailleurs, y’a pas de place ou que ça craint. Parce que les entreprises que je déteste, faut pas pousser : pas moyen de m’y résoudre.

Ça fait maintenant près d’une heure que je bouquine assis dans un fauteuil. Un moment palpitant dans mon livre. Et là, votre secrétaire me demande de me ramener, parce que ça y est, vous êtes disposé à me voir. J’ai déjà rencontré vos collègues les autres fois et ai expliqué à deux reprises, combien votre boîte, elle déchirait. Là, très sérieusement vous me demandez : « Qu’est-ce qui vous motive dans la perspective de nous rejoindre ?».

A cet instant précis, un son strident retentit. Un truc assourdissant. C’est le trou noir, bien que je garde les yeux grands ouverts. Mais le bruit ne tarit pas. Régulier, comme par à coups, il résonne. Je sens un choc contre mon crâne. Comme une agitation. Des voix. Il fait froid tout à coup. C’est alors que je comprends. Cet affreux hurlement, c’est de moi qu’il émane. Et c’est moi qu’on emmène.

Ci-dessous, un lien vers l'article du DRHache :

http://www.cadremploi.fr/edito/actu-et-conseils/boite-a-outils/secrets-de-recruteurs/la-chronique-du-drhache/d/1/episode-19-je-suis-motive.html