Par Lucie Peut-Etre

Pour d'obscures raisons mais aussi parce que nous en avions envie, l'article d'aujourd'hui, si vous daignez cliquer ci-dessous, vous sera lu. Et si ça vous dit aussi, bien entendu.

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Si la voix vous insupporte mais que le texte vous botte, le truc est dispo ci-dessous : 

 

Caressant les toits, la lumière de ce début de soirée enveloppe la ville. 

J'aurais aimé, puisque le printemps qu'un temps ne dure, une touche pause presser, pour encore le contempler, adossée à un mur. Et peut-être bien, copieusement m'y rouler… 

Un instant et tout est comme intact. Feue la France se tient là, poétique, étrange et multicolore à mes côtés… Belle, souriante, au milieu des pavés.

Mais mon image d'Epinal parisienne ne tarde pas à se déchirer. A la place, un vulgaire papier. Une hypocrisie, afin que le soir se montre sous son meilleur jour. Car, en arrêté préfectoral à la con, sous mes yeux de poisson frit, gît mon apéritif du samedi. Je me revois errante, mon petit sac de grignoteries à la main, surprise et indignée. Et vexée, de m'être ainsi fait enfler, oui, vexée ! 

 

L'espace de quelques heures, j'avais oublié. Tout ça, c'était bien fini. Bien qu'il l'invoque à tout bout de champ, le Kozystan n'a que faire de la République. Le Kozystan lui préfère de loin son système inique. Système où ne se cultive plus qu'au restau, au pub ou au bistrot notre quasi-culturelle ivresse publique. Passé neuf heures, boire ne peut plus se faire qu'au comptoir de façon hygiénique. Sans le sou, chuchote-t-on, sans le sou, tu ne seras plus saoul le soir… Je trépigne, rage et je m'indigne : qu'importe si je me charge plus que de raison : car c'est à pattes que je rentre à la maison...

 

Mon dernier ingrédient, je cherche mollement. Puis j'en ai marre. Alors dans les galeries du métro, je glisse. Non loin de mon antre, l'épicier accepte, bon gré, de me délivrer mon Graal, une bouteille de Viognier. Le pain, les feuilletés, le chocolat, les champignons, sont aussitôt rejoints par le précieux flacon. 

Je pousse la porte, mi-douce, mi-raisin et m'engouffre chez moi à pas de chaussons. Un peu quand même, par la soirée interloquée mais souriante. 

Souriante car, de mon apéro, jamais, jamais, Sarko, m'entends-tu, jamais, tu n'auras la peau.