Par Célestin Frey 
L'open space s'éveille doucement. Le bruit de la bouilloire... Le premier café de la matinée dans mon mug violet sent le sommeil. Ses pépites se dissolvent, dessinant le dos moucheté d'une panthère... Je fermerais bien les yeux pour mieux la voir s'étirer. Mais ce serait prendre le risque de m'endormir. Je me résigne. Du coup, ma bête fauve se mêle à l'eau un peu trop chaude avant de s'y fondre totalement. 
Je dépose alors le petit paquet de papier d'argent près de mon clavier et en extrais une part de gâteau parfum poire-espoir. Les gens parlent encore à voix basse. Mon anticernes veille sur moi. Il fait bon. J'ai toujours aimé le matin. Lui et moi vivrions une histoire plus intense encore si mon lit douillet ne s'interposait pas entre nous si souvent. 
Le matin, l'open space est une bibliothèque : un espace sacré, empreint de respect. Une brassée de minutes, précieuse, délicate. 
 
Un instant avant que le bordel - auquel je contribue également - ne l'envahisse. 
Un instant avant que l'envie de distribuer des pains sonores aux vils bruyants ne me saisisse.